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La Ruche comme refuge d'une lignée d'artistes

Par Caroline Clavier, publié le
La Ruche comme refuge d'une lignée d'artistes

La Ruche comme refuge d'une lignée d'artistes

Carole Bellaiche

La rotonde de la célèbre cité d'artistes a abrité et vu défiler le monde des arts du XXe siècle. Figure de la sauvegarde de ce sanctuaire, résidente et artiste à La Ruche depuis 1949, Simone Dat vient de s'éteindre. Nous l'avions rencontrée y a quelques mois avec sa fille Candida Romero.

Fernand Léger, Chaïm Soutine, Zadkine, Brancusi, Marc Chagall, Modigliani... Peintres, sculpteurs, gens de lettres et de théâtre, tous ont trouvé refuge ici. Artistes en herbe ou talents d'Europe de l'Est fuyant les pogroms, La Ruche, comme le Bateau-Lavoir à Montmartre, était pour eux un lieu de passage et d'apprentissage, mais aussi un tremplin bienveillant avant l'envol, en échange d'un maigre loyer. Une initiative du sculpteur Alfred Boucher qui acquiert un terrain de 5 000 mètres carrés passage Dantzig, achète aux enchères le pavillon des Vins de Gironde conçu par Gustave Eiffel pour l'Exposition universelle de 1900, et remonte ici la structure métallique qu'il surélève de deux étages. 

La grille d'entrée de La Ruche provient du pavillon de la Femme de l'Exposition universelle de 1900. Sur la gauche, le bâtiment abritait des ateliers profitant d'un accès de plain-pied sur la rue pour les sculpteurs se faisant livrer de lourds blocs de pierre.

La grille d'entrée de La Ruche provient du pavillon de la Femme de l'Exposition universelle de 1900. Sur la gauche, le bâtiment abritait des ateliers profitant d'un accès de plain-pied sur la rue pour les sculpteurs se faisant livrer de lourds blocs de pierre.

Carole Bellaiche

Ainsi naissait la rotonde, baptisée La Ruche en écho à son intense activité artistique au début du siècle dernier, mais aussi en référence à l'architecture alvéolée des ateliers-cellules affectés aux artistes tout autour. Une disposition en phalanstère, propice, selon Alfred Boucher, à l'esprit communautaire. Entre ombre et lumière, ce sanctuaire créatif traversera espoir et désillusion au fil de l'Histoire.  

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Le charme des allées ponctuées d'oeuvres léguées par les nombreux artistes qui ont résidé dans les lieux

Le charme des allées ponctuées d'oeuvres léguées par les nombreux artistes qui ont résidé dans les lieux

Carole Bellaiche

Recouvertes de vigne vierge, les façades des ateliers donnant sur la rue s'ouvrentpar d'immenses verrières côté jardin.

Recouvertes de vigne vierge, les façades des ateliers donnant sur la rue s'ouvrentpar d'immenses verrières côté jardin.

Carole Bellaiche

Chef de file du nouveau souffle initié dans les années 50, le collectif des Insoumis de l'Art moderne, à l'origine de la Jeune Peinture, revitalise les lieux. Leur credo : privilégier le concret à l'abstraction, s'inscrire dans la grande peinture et renouer avec l'humanisme pictural autour du courant de la Nouvelle Figuration. Parmi eux, les peintres Paul Rebeyrolle et sa compagne Simone Dat dont l'oeuvre cultive le réalisme rural du monde paysan. Installée à La Ruche à partir de 1949, Simone tracera sa route de femme peintre avec détermination. Lorsque la cité d'artistes est menacée de destruction en 1966, elle participe activement à la création du Comité de sauvetage dont Chagall était président, jusqu'au rachat du lieu par la famille Seydoux. Pendant de soixante ans, entreesprit bohème et convictions, l'artiste vivra à La Ruche dans l'ancien atelier de Soutine, en rez-de-jardin. C'est ici que sa fille grandira. 

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Dans l'atelier de Simone Dat, anciennement occupé par Chaïm Soutine, un pêle mêle d'oeuvres et d'objets à l'image de l'artiste. Installée depuis 1949 à La Ruche, la peintre participa activement à la défense de ce lieu de création lorsqu'il fut menacé de destruction en 1966. Elle y resta jusqu'à la fin de sa vie.

Dans l'atelier de Simone Dat, anciennement occupé par Chaïm Soutine, un pêle mêle d'oeuvres et d'objets à l'image de l'artiste. Installée depuis 1949 à La Ruche, la peintre participa activement à la défense de ce lieu de création lorsqu'il fut menacé de destruction en 1966. Elle y resta jusqu'à la fin de sa vie.

Carole Bellaiche

Simone Dat, devant l'atelier du peintre Chaïm Soutine qui devint le sien, aux côtés de sa fille Candida Romero, artiste et résidente à son tour à La Ruche.

Simone Dat, devant l'atelier du peintre Chaïm Soutine qui devint le sien, aux côtés de sa fille Candida Romero, artiste et résidente à son tour à La Ruche.

Carole Bellaiche

Les allées de ce jardin mystérieux, la vie au sein de cette communauté, cette filiation à l'art façonnent et inspirent Candida. Installée aujourd'hui dans l'atelier de Marc Chagall, elle retravaille des portraits du XIXe siècle par l'apport de collages et de glacis. Son rituel transcende et transgresse les personnages, leur offrant un ailleurs insoupçonné. Plus récemment, ce sont ses propres portraits réalisés par le photographe Paolo Roversi qu'elle revisitait dans une série inspirée des Lettres portugaises, travaillés comme des retables. Libre, Candida croise les influences rappelant la personnalité hors normes de sa mère mais aussi de son père, Portoricain, figure de la résistance contre le racisme à New York et premier homme de couleur à la tête d'un club de jazz à Downtown. 

Installée dans la rotonde, Candida Romero occupe l'ancien atelier de Marc Chagall.Au fond, deux de ses oeuvres issues de la série inspirée des Lettres portugaises revisitent des photos de Paolo Roversi travaillées comme des "retables sacrilèges" dans des boîtes vitrées

Installée dans la rotonde, Candida Romero occupe l'ancien atelier de Marc Chagall.Au fond, deux de ses oeuvres issues de la série inspirée des Lettres portugaises revisitent des photos de Paolo Roversi travaillées comme des "retables sacrilèges" dans des boîtes vitrées

Carole Bellaiche

Du sol au plafond, l'oeuvre de Simone Dat, une des figures des Insoumis de l'Artmoderne, membre du mouvement de la Jeune Peinture d'après guerre, illustre son attachement à la nature et au monde paysan à travers des scènes simples et quotidiennes.

Du sol au plafond, l'oeuvre de Simone Dat, une des figures des Insoumis de l'Artmoderne, membre du mouvement de la Jeune Peinture d'après guerre, illustre son attachement à la nature et au monde paysan à travers des scènes simples et quotidiennes.

Carole Bellaiche

Aujourd'hui, ses perspectives convergent vers l'oeuvre immense de sa mère qu'elle souhaite que jamais partager. Cet été, du 19 juillet au 5 octobre, elle programme une grande rétrospective des toiles de Simone qu'elle exposera dans le couvent San Francescu, à Oletta en Corse. Un lieu chéri par la mère et la fille, un autre refuge où Simone aimait travailler quand elle s'éloignait de La Ruche. 

Porte-drapeau de la sauvegarde de La Ruche, Simone Dat avait une personnalité rare et intense. Elle peindra jusqu'à la fin de sa vie avec passion.

Porte-drapeau de la sauvegarde de La Ruche, Simone Dat avait une personnalité rare et intense. Elle peindra jusqu'à la fin de sa vie avec passion.

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