Interview de Laura Gonzalez : "Mon art est de mélanger les couleurs et les motifs"

Par Aure Briand-Lyard, publié le , mis à jour à
Interview de Laura Gonzalez : "Mon art est de mélanger les couleurs et les motifs"

Interview de Laura Gonzalez : "Mon art est de mélanger les couleurs et les motifs"

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Sur le salon Maison et Objet qui vient de fermer ses portes, Laura Gonzalez était à l'honneur. L'occasion de découvrir le travail sophistiqué de l'architecte d'intérieur, ponctué de touches latines et d'ambiances toujours chaleureuses. Faisant fi du minimalisme ambiant et des monochromes parfois inhérents à la décoration contemporaine, la créatrice impose son univers imprimé de papiers peints floraux, de tapisseries aux détails foisonnants et de mobilier en velours et avec passementeries. Rendez-vous pour une immersion dans l'oeuvre monumentale et ambitieuse de cette femme d'influence.

Élue designer de l'année en septembre 2019, juste après Sebastian Herkner, Laura Gonzalez ne cesse de surprendre et de conquérir les coeurs. Sur son espace d'inspiration du Hall 7 du salon Maison et Objet, le visiteur découvre la création d'un café signature en partenariat avec Pierre Hermé, mais aussi sa collection de mobilier inédite. A 37 ans, l'architecte d'intérieur formée à l'École de Paris-Malaquais a évolué au fil des années, depuis la création de son agence Pravda Arkitect en 2008. Projet après projet, toujours plein de couleurs et de motifs, elle n'oublie pas de valoriser ses nombreuses collaborations avec des artisans, mettant ainsi en avant un savoir-faire qui tend à disparaître. Entretien.  

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Laura Gonzalez, créatrice d'un style inimitable

Pour Laura Gonzalez, le métier d'architecte d'intérieur est un choix aussi passionné que difficile. La créatrice travaille le détail de manière toujours poussée depuis d'une décennie, ne lésinant pas sur les finitions qui confèrent à chacun de ses projets une touche si particulière. Le style ? Elle l'a toujours eu, bien qu'il se soit affiné au fil des années. Avant tout intéressée par la couleur, c'est donc naturellement que l'architecte d'intérieur exprime son attirance envers les teintes fortes de façon omniprésente.  

Fille d'un père propriétaire de restaurants d'hôtels, Laura Gonzalez baigne dans l'univers du tertiaire depuis ses jeunes années. Qu'il s'agisse de boutiques de mode ou de grandes enseignes, de bars ou d'établissements nocturnes, elle n'hésite pas à apposer son regard empreint d'un mélange des genres personnalisé sur chaque rénovation. Laura Gonzalez sait gérer la pression suscitée par les grands projets, et privilégie toujours les chantiers capables de lui offrir une réelle liberté d'expression. Son but ? Créer des concepts forts et aller toujours loin. De l'Alcazar au Bus Palladium, de Louboutin à Cartier, Laura Gonzalez ne compte pas ses heures et continue d'imprimer boutiques, hôtels et restaurants de sa marque de fabrique inimitable en parcourant le monde.  

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Un fauteuil tapissé en bois laqué, à l'empreinte baroque. Fauteuil Madras en bois laqué brillant, coloris et tissus à choisir. Fabriqué au Portugal. Réf tissu "Alizon" 001-34640 Braquenié. L 65 x P 65 x H 87 cm. À partir de 2200 euros.

Un fauteuil tapissé en bois laqué, à l'empreinte baroque. Fauteuil Madras en bois laqué brillant, coloris et tissus à choisir. Fabriqué au Portugal. Réf tissu "Alizon" 001-34640 Braquenié. L 65 x P 65 x H 87 cm. À partir de 2200 euros.

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Rencontre avec Laura Gonzalez sur son espace d'exposition

Pouvons-nous commencer par un bref retour en arrière, en revenant sur votre parcours et les dates marquantes ? 

Laura Gonzalez : j'ai créé cette agence en 2008 alors que j'étais très jeune - j'avais 24 ans ! J'étais à peine diplômée d'architecture, en dernière année d'école. C'était au coeur du début de cette nouvelle génération d'architectes d'intérieur. Avant cela, nous étions dans l'ère du grand Philippe Starck. Je suis donc arrivée avec cette nouvelle génération, ce qui a amorcé le début de tout. 

Aujourd'hui, vous êtes nommée designer de l'année pour l'édition 2019 de Maison et Objet. Qu'est-ce que cela représente pour vous ? 

Laura Gonzalez : cela symbolise l'expression de mon style, qui est considéré comme un style à part entière. Ce n'est pas "LE" style, mais l'un des styles de la décoration française. C'est super qu'il soit reconnu, et très encourageant pour continuer !  

En d'être élue designer de l'année, vous lancez votre ligne de mobilier que vous exposez pour la première fois sur le salon. Pourquoi prendre ce tournant ? 

Laura Gonzalez : c'est un peu logique. Je dessine du mobilier dans mes projets depuis toujours, à différentes échelles. Je vais commencer par dessiner une applique, afin de répondre à un besoin. Lors de la rénovation d'un lieu public, de grandes quantités sont nécessaires. Parfois, c'est facile de dessiner que de commander. J'ai donc dessiné des canapés, des fauteuils et des chaises pour des projets de manière très isolée. Il y a deux ans, je me suis dit que le moment était venu de me lancer. J'ai dessiné une collection qui me ressemble. On ne dessine pas un fauteuil qui va avec une table, on ne dessine que des choses qui vont ensemble par mélange intuitif. Toutes les pièces de ma collection peuvent exister de manière totalement isolée, et sont personnalisables.  

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Laura Gonzalez, designer de l'année sur le salon Maison et Objet septembre 2019, devant sa collection de pièces organiques et sculpturales.

Laura Gonzalez, designer de l'année sur le salon Maison et Objet septembre 2019, devant sa collection de pièces organiques et sculpturales.

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Qu'avez-vous souhaité montrer et exposer sur ce salon Maison et Objet ? 

Laura Gonzalez : c'est la première fois que je présente la collection, et c'est très important pour moi. J'ai voulu montrer la couleur, car mon art est de mélanger les couleurs et les motifs sans être de mauvais goût. C'est vraiment ce que je sais faire, et j'ai voulu le montrer de manière très exacerbée. Ainsi, on va se rappeler d'un salon à l'ambiance très colorée !  

Votre style se définit comme du "classique revisité". Comment se caractérise-t-il ? 

Laura Gonzalez : classique, oui. Mais pourquoi ? Car j'ai une façon de mélanger - on me le dit tout le temps - qui évoque le travail des ensembliers d'antan. Autrefois, les décorateurs assemblaient les motifs, les passementeries et les moulures. Ensuite, il y a eu la venue de nouvelles tendances, comme celle du minimalisme. Les décorateurs sont devenus très architecturés et très structurés. Comme cela correspond à ma sensibilité, je retourne à cette tendance du maximalisme par l'assemblement de matériaux, de couleurs et de motifs. Cela me caractérise vraiment, d'où mon côté assez classique. J'ai beaucoup de culture sur le 18e et le 19e siècle, que l'on peut voir dans mes projets. J'adore mélanger ces codes. 

Est-ce que votre style évolue en fonction des projets ? 

Laura Gonzalez : oui, complètement ! Je n'aime pas faire deux fois la même chose. Chaque projet est une nouvelle aventure, une nouvelle page blanche. Il y a toujours une légère angoisse au début, car on se demande ce que l'on va faire et si on va y arriver. Il y a toujours une pression mêlée d'adrénaline. Puis, tout d'un coup, tout se déroule. Je pense qu'il y a des liens dans mon processus créatif, mais lorsque l'on regarde La Gare et Lapeyrouse, réalisés en même temps par mon agence, ce ne sont pas du tout les même projets. J'essaye toujours de me réinventer.  

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Un meuble d'appoint en velours tapissé, couleur tilleul. Création Laura Gonzalez.

Un meuble d'appoint en velours tapissé, couleur tilleul. Création Laura Gonzalez.

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Une lampe de table prônant le mélange de matières. Création Laura Gonzalez.Lampe Byzance en céramique en trois couleurs. Abat-jour en tissus en matière naturelle CMO. Fabriquée à Paris par l'atelier Jean Roger. L 45 x P 35 x H 76 cm. À partir de 1620 euros.

Une lampe de table prônant le mélange de matières. Création Laura Gonzalez.Lampe Byzance en céramique en trois couleurs. Abat-jour en tissus en matière naturelle CMO. Fabriquée à Paris par l'atelier Jean Roger. L 45 x P 35 x H 76 cm. À partir de 1620 euros.

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Qu'est-ce qui a inspiré ce style si particulier dans votre travail ?  

Laura Gonzalez : je pense que mon style vient de mon enfance. Je suis fille unique, et j'ai été élevée en étant très proche de mes parents. Ils m'ont emmenée partout avec eux. Comme ils allaient tout le temps dans les salles de vente, dans les brocantes et dans les musées, j'ai été bercée dans une culture ponctuée d'objets anciens et ça m'a marquée. Il y avait des tissus partout dans ma chambre quand j'étais petite. Mes murs étaient parsemés de motifs floraux Pierre Frey. A l'époque, je détestais ça car je ne pouvais pas mettre mes posters dessus, ça n'accrochait pas avec le tissu ! J'habitais dans le Sud, où la couleur est importante. On est qui on est, on ne s'invente pas. 

Vous semblez apprécier le mix and match. En quoi le mélange des genres est-il important pour vous ? 

Laura Gonzalez : cela vient de mon mélange de cultures. Ma maman est cent pour cent espagnole et mon papa est né en Algérie. J'ai vécu toute mon enfance la moitié du temps en France et l'autre en Espagne, tous les étés. Je pense que ce mélange culturel m'a beaucoup apporté. 

Y-a-t-il un détail déco fétiche dans votre travail que vous aimez insérer dans presque tous vos projets, comme une sorte de fil rouge ? 

Laura Gonzalez : je ne fais jamais ça, je déteste ! Une fois que l'on a utilisé un tissu, c'est compliqué de le remettre une deuxième fois. Je fonctionne plutôt par intuition et par envies annuelles. En ce moment, je suis obsédée par l'Inde. Je mets des tissus indiens partout. Même si je suis assez à contre-courant, j'ai mes propres obsessions créatives. Quand je suis obsédée par une thématique, mes recherches vont aller vers cette mouvance-là. 

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Entre cactus et coraux, des bougies polymorphes. Création Laura Gonzalez. Bougies Acropora, uniquement disponible sur commande.

Entre cactus et coraux, des bougies polymorphes. Création Laura Gonzalez. Bougies Acropora, uniquement disponible sur commande.

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Une série de bougies laquées et décoratives. Création Laura Gonzalez.

Une série de bougies laquées et décoratives. Création Laura Gonzalez.

Aure Briand-Lyard/Côté Maison

Un duo éclatant de bougies immaculées. Création Laura Gonzalez.

Un duo éclatant de bougies immaculées. Création Laura Gonzalez.

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Vous avez rénové le Bus Palladium lors de la réouverture du célèbre club parisien en 2011. Qu'est-ce qui vous a inspiré dans ce lieu marqué par les grands noms du rock - entre autres, Gainsbourg et Bowie - et quels étaient les challenges que vous avez rencontrés ? 

Laura Gonzalez : à l'époque, mon idée du Bus Palladium était d'en faire une maison de famille. Je m'étais inventée une tribu de rockeurs un peu fêlée qui habiterait dans le 9e arrondissement parisien. Dans ma tête, il y avait la salle à manger du père et son côté fumoir, la salle de bains-boudoir de la mère empreinte de son âme de collectionneuse de breloques, et la chambre à l'étage du fils déjanté. Le Bus est empreint d'un côté transporté et éclectique. En même temps, c'est un lieu très familial, à la façon d'une grande maisonnée un peu décalée. Je pense que c'est grâce à ça que les gens ont pu s'identifier ensuite à ce lieu nocturne. Cela a dû se ressentir de manière totalement intuitive, faisant le succès de ce projet. 

Parmi tous vos projets, y-en-a-t-il un qui vous a particulièrement marquée, dont vous êtes le fière ?  

Laura Gonzalez : je suis très perfectionniste et très critique. Quand chaque projet se termine, je me dis que j'aurais pu changer ou améliorer certains détails. C'est normal, et cela fait partie de mon processus créatif. Il y a des projets dont je suis fière. Je travaille pour la Maison Cartier depuis trois ans, et c'est un vrai accomplissement car j'ai développé une nouvelle manière de travailler. Par exemple, la boutique de Madrid qui vient d'ouvrir me ressemble beaucoup. C'est très coloré, avec beaucoup de matériaux différents qui ont nécessité une confection artisanale. Pour moi, ces rencontres avec des artisans passionnés sont primordiales dans mon travail. 

Depuis trois ans, vous réalisez également des projets à l'étranger. Est-ce important pour vous de travailler à l'international ? 

Laura Gonzalez : ce qui est important, c'est que cela m'ouvre beaucoup de pistes en matière de création. Quand on travaille dans d'autres pays, cela signifie faire de nouvelles recherches, avoir de nouveaux artisans et de nouvelles influences. Pour moi, cela repousse encore les limites. J'arrive toujours à inclure mon style, ce qui est extraordinaire. C'est venu au moment où ça devait venir, alors que mon style commençait à s'affirmer.  

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Le Café Signature au salon Maison et Objet, en partenariat avec Pierre Hermé. Création Laura Gonzalez.

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Avez-vous une astuce déco que nos internautes peuvent facilement reproduire chez eux, et qui fait mouche ? 

Laura Gonzalez : utilisez la couleur ! Je pense qu'il ne faut pas en avoir peur. Les gens craignent souvent de mélanger les choses. Il faut écouter son intuition et son ressenti, car il est souvent bon. SI on veut utiliser la couleur et qu'on a peur, on peut essayer d'élaborer un camaïeu d'une seule teinte avant de commencer à vouloir tout mélanger. Par exemple, pourquoi ne pas faire une pièce bleue, en utilisant plein de motifs ? Cela permet de ne pas trop se tromper. 

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Quels sont vos projets futurs ? 

Laura Gonzalez : je suis en train de rénover trois hôtels, qui sont en cours : un en France, un à Rome et un en Afrique du Sud. Des boutiques sont en chantier, ainsi qu'un restaurant à Paris. C'est déjà bien ! 

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