Une cuisine noire transforme la silhouette d'un appartement familial

Par Salomé Giraudet, publié le

Les immeubles des années 60 et 70 ne possèdent pas le charme suranné de l'haussmannien, mais ils offrent à contrario une belle toile d'expression à ceux qui osent se lancer dans l'aventure de la rénovation. Sans murs porteurs pour entraver la créativité des architectes et architectes d'intérieur, ces logements s'adaptent parfaitement aux envies de chacun. Et ce ne sont pas les propriétaires de ce 67 m2 parisien qui diront le contraire. En investissant dans un appartement typique des 60's, à deux pas du parc des Buttes-Chaumont, ils étaient loin d'imaginer que leur bien deviendrait un modèle de modernité. Sous le crayon de l'architecte d'intérieur Cyrielle Benaïm, les cloisons d'origine se sont évanouies au profit d'un espace largement décloisonné. Le tout dicté par une cuisine au caractère bien trempé...

Transformer ce logement tout ce qu'il y a de banal en bien d'exception n'était pas une mince affaire. Essentiellement composé de petits espaces, le 67 m2 en question n'était pas vraiment fonctionnel. Les cloisons ne manquaient évidemment pas dans cet appartement du 19e arrondissement parisien où la cuisine étouffait dans une pièce en longueur. Il ne faisait aucun doute qu'un remaniement était nécessaire aux yeux des nouveaux propriétaires. En particulier car la belle luminosité du séjour n'était pas mise en valeur par la configuration des lieux. Cyrielle Benaïm, fondatrice de l'agence BäN Architecture, était bien déterminée à sortir des sentiers battus sur ce projet. Plutôt qu'un simple décloisonnement, l'architecte d'intérieur a imaginé un cocon où les espaces fusionnent généreusement. Le nouveau plan s'est ensuite articulé autour d'un élément fort : une cuisine noire, pensée comme un cube cocooning. Une visite qui vaut le détour.
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>> Le projet de rénovation en bref >> Le Lieu : Paris 19. La surface : 67 m2. La durée des travaux : environ 3 mois. Le budget : environ 60 000 euros soit moins de 1 000 euros du mètre carré. L'idée : ouvrir les espaces pour donner vie à une grande pièce principale, épurer les lignes de l'appartement et ajouter des rangements, imaginer une cuisine en mono bloc qui dicte l'ambiance du 67 m2.
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>> Cyrielle Benaïm, architecte d'intérieur et fondatrice de l'agence BäN Architecture, ban-architecture.com
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agrandir L'objectif : apporter le caractère qui faisait défaut à l'appartement

1 - L'objectif : apporter le caractère qui faisait défaut à l'appartement - "Ce qui fait notre -value (en tant que professionnels) ce sont avant tout ces idées qui sortent de l'ordinaire, commence Cyrielle Benaïm. Notre rôle est de proposer des options auxquelles personne n'aurait pensé, quitte à chambouler les attentes initiales." Un credo que l'architecte d'intérieur garde en tête pour l'ensemble de ses projets de rénovation, et cet appartement des Buttes-Chaumont en est une belle expression. Datant des années 60, le bien répondait aux codes d'une architecture classique, où l'intérieur se découpait en ieurs rectangles isolés, avec une séparation radicale du coin nuit et de la partie jour. Le couple de propriétaires, alors à la recherche d'un nid douillet pour leur bébé, n'avait donc pas succombé au cachet de l'appartement mais furent séduits par le potentiel sous-jacent. Très vite, ils imaginent déposer la cloison de la cuisine pour l'ouvrir sur le séjour. Mais loin de se contenter d'un simple décloisonnement, Cyrielle Benaïm a revisité entièrement les lieux, élaborant au passage une cuisine qui deviendra la pièce maîtresse de cette réalisation.
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Bertrand Fompeyrine

agrandir Avant travaux : l'espace de vie manquait de praticité

2 - Avant travaux : l'espace de vie manquait de praticité - Le 67 m2 d'origine profitait déjà d'une baie vitrée qui alimentait le séjour en lumière naturelle et donnait sur le balcon. Un atout pourtant entaché par la configuration très cloisonnée du logement : la lumière ne pouvait pas circuler ici puisqu'elle se confrontait systématiquement à un mur. Le séjour souffrait d'ailleurs de ce manque d'ouverture, et paraissait bien à l'étroit dans cette pièce en forme de rectangle.
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BäN Architecture

agrandir Décloisonnée, la pièce principale respire enfin

3 - Décloisonnée, la pièce principale respire enfin - L'avantage avec les constructions des années 60, c'est qu'aucun mur porteur ne vient limiter le potentiel de modifications de l'espace. La structure des immeubles est en poteaux-poutres, ce qui signifie que toutes les cloisons intérieures peuvent être déplacées ou même déposées. Une option largement exploitée par l'agence BäN Architecture qui n'a pas hésité à supprimer une grande partie des parois. En première ligne, le mur séparant la cuisine du salon. Les nouveaux propriétaires souhaitaient réunir les deux fonctions pour profiter d'une pièce de réception qui respire. Un décloisonnement que bénéfique au vu du résultat puisque le volume s'est décuplé, gagnant au passage une fenêtre. La surface paraît d'autant grande grâce à la fusion avec l'entrée. Les murs séparant le sas ont en effet disparu pour conserver une vue globale de la pièce dès le pas de la porte.
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Bertrand Fompeyrine

agrandir Un espace de vie modulable à souhait

4 - Un espace de vie modulable à souhait - Tout le projet s'articule autour d'un principe : seule la cuisine est fixe, le reste de l'espace à vivre est entièrement modulable. Ainsi il est possible de déplacer la salle à manger, le salon et le coin bureau au gré des envies. Le couple de propriétaires et leur bambin ont donc la possibilité de modifier le profil de leur pièce principale sans entamer de travaux, simplement en interchangeant le mobilier. Si le coin repas a trouvé sa place entre la cuisine et la fenêtre, il peut très bien se déplacer vers l'entrée ou à proximité de la baie vitrée. En ce sens, le nouveau plan du 67 m2 embrasse pleinement nos modes de vie actuels où la flexibilité de l'intérieur est essentielle. C'est aussi pour cette raison que le blanc domine dans l'appartement : le coloris neutre permet à l'espace d'endosser des rôles variés, l'oeil n'étant pas perturbé par des aménagements ou une couleur trop marquée.

Bertrand Fompeyrine

agrandir La cuisine d'origine se dérobait dans une pièce couloir

5 - La cuisine d'origine se dérobait dans une pièce couloir - Avant l'intervention de BäN Architecture, la cuisine était isolée du reste de l'habitation et nichée dans une pièce tout en longueur. Voilà pourquoi elle ressemblait plutôt à un couloir. L'espace étroit ne permettait pas vraiment d'installer une table, alors qu'il représentait de 12 m2 de la surface totale. Résultat, la cuisine apparaissait comme un espace perdu. Puisque les propriétaires rêvaient d'une cuisine ouverte, il n'était pas question de la conserver intacte. La restructuration a eu raison des cloisons mais également du sol en mosaïque bleue qui vieillissait l'ensemble. Comme dans tout l'appartement, l'électricité et la plomberie avaient besoin d'un coup de frais.
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BäN Architecture

agrandir La cuisine cube, pièce maîtresse du projet de rénovation

6 - La cuisine cube, pièce maîtresse du projet de rénovation - "La cuisine donne toute son allure à la pièce. C'est sans aucun doute le fil conducteur de l'ensemble du chantier", précise la fondatrice de BäN Architecture. Il est vrai que le bloc noir se détache du reste de la pièce et accroche naturellement le regard. Pourtant rien ne présageait qu'une telle cuisine allait naître de ce projet. Le couple était loin d'imaginer un cube au centre de l'espace, mais pensait plutôt se diriger sur un simple linéaire, adossé contre la cloison du fond comme l'était la cuisine d'origine. Cyrielle Benaïm leur a proposé un tout autre scénario en compactant la cuisine dans un angle de 9 m2. "Installer la partie technique au fond de l'espace était un moyen de libérer la circulation au niveau des ouvertures. La cuisine se concentre en arrière-plan mais ne passe pas inaperçue pour autant." Une estrade de 10 cm souligne même la distinction avec le reste du séjour. Cette différence de niveau n'était pas prévue à l'origine mais fut nécessaire pour les évacuations. Une contrainte technique devenue rapidement un atout esthétique puisqu'elle ancre d'autant la cuisine dans le décor.
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agrandir Une robe noire pour une cuisine à part

7 - Une robe noire pour une cuisine à part - Impossible de résister à la jolie robe noire de la cuisine. C'est certainement ce coloris profond qui lui donne tout son caractère. Pour l'architecte d'intérieur, le pari était audacieux car les propriétaires pensaient adopter une cuisine couleur crème avant son arrivée. A la surprise générale, ils sont tombés sous le charme de la version foncée proposée par la pro. Ainsi la cuisine noire a pu voir le jour. Les façades sont en médium directement teinté dans la masse : il s'agit d'un revêtement en valchromat vernis qui résiste aux accros et aux coups. La teinte fut ensuite appliquée au plafond afin d'accentuer la rupture avec le salon et donner naissance à ce "cube" si atypique. Le noir - loin d'assombrir la pièce - crée de la profondeur dans un volume pourtant restreint. Il permet également d'inclure l'îlot dans un ensemble, il ne semble pas empiéter sur le séjour. Preuve que ce ton longtemps boudé a d'un atout en poche.
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agrandir Touches de bois pour cuisine moderne

8 - Touches de bois pour cuisine moderne - Si le noir saute tout de suite au regard, on remarque que la cuisine est rythmée par des notes de bois distillées ici et là. La niche centrale fut façonnée en chêne, un bois facile d'entretien que le médium teinté dans la masse. L'insert boisé permet au passage de casser la linéarité du bloc noir. On retrouve d'ailleurs la matière sur le plan de travail, et au sol - si l'espace de vie est recouvert d'un chêne massif, la partie cuisine profite d'un revêtement imitation parquet choisi pour son aspect boisé naturel.

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agrandir La cuisine ouverte dissimule bien des secrets

9 - La cuisine ouverte dissimule bien des secrets - Les cuisines ouvertes ont un défaut que l'on passe souvent sous silence : elles ne tolèrent aucun désordre. L'esthétique léchée peut vite se retrouver entachée par la vie quotidienne, et notamment les électroménagers traînant sur le plan de travail, comme la machine à café, le grille-pain ou la bouilloire. Voilà pourquoi Cyrielle Benaïm a imaginé une cuisine maligne, où la discrétion technique est de mise. Derrière les façades noires se dérobent des prises intégrées qui permettent de brancher l'électroménager sans le sortir du placard. Résultat, il suffit d'ouvrir la porte pour découvrir ce plan de travail fermé et mettre en route la cafetière ou le biberon du petit dernier. L'absence de poignées accentue d'autant la silhouette épurée de la cuisine ; et ce même si derrière chaque pan noir se cache un rangement optimisé.
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agrandir La lumière naturelle circule jusque dans l'entrée

10 - La lumière naturelle circule jusque dans l'entrée - "A l'origine l'entrée était cloisonnée et ressemblait plutôt à un grand carré, explique l'architecte. Ce sas représentait une véritable perte d'espace car il n'y avait pas l'ombre d'un rangement. Il existait également une cloison et une imposte qui séparaient le hall de la partie nuit. Il était donc nécessaire d'effacer ces couloirs inutiles pour maximiser les mètres carrés." Autrement dit, ces recoins isolés de l'appartement étaient voués à disparaître. Les murs sont tombés au profit d'une entrée qui s'ouvre complètement sur le séjour, simplement identifiée par de nouveaux aménagements comme cette penderie façon verrière d'atelier. Les miroirs ont permis d'injecter de la lumière dans la partie la sombre de la pièce, et augmenté visuellement le volume à disposition. L'agence BäN Architecture a également coffré le placard électrique en blanc et noir pour l'intégrer au décor, celui-ci ne pouvant être déplacé.
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agrandir Une salle de bains familiale sur le déclin

11 - Une salle de bains familiale sur le déclin - Avant les travaux, la pièce d'eau manquait de modernité. En particulier si l'on considère qu'elle n'avait pas bougé depuis les années 60. Privée de lumière naturelle car aveugle, la salle de bains souffrait avant tout de revêtements vieillissants. On y retrouvait le même carrelage mosaïque qui trônait déjà dans l'ancienne cuisine. La plomberie ne semblait d'actualité, et hormis la baignoire, l'espace ne présentait que peu d'atouts. Il était indispensable de remanier ces mètres carrés pour répondre aux besoins de la nouvelle petite famille.
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BäN Architecture

agrandir Ambiance zen dans la nouvelle pièce d'eau

12 - Ambiance zen dans la nouvelle pièce d'eau - Puisque l'espace de vie s'est accordé une petite folie avec une cuisine noire mate, il était important de calmer le jeu dans les autres pièces du 67 m2. "Nous sommes revenus sur une palette de tons beaucoup neutres dans la salle de bains", confirme Cyrielle Benaïm. Le gris et le blanc dominants furent simplement rehaussés par le plan de travail boisé qui épouse les lignes de la surface. Ici, le défi consistait à glisser de multiples éléments dans un volume très restreint, notamment deux vasques au lieu d'une et une machine à laver. En mixant mobilier standard et touches de sur mesure, l'architecte a compacté tout le confort d'une grande salle de bains dans une petite pièce. "Les miroirs verticaux sont là pour étirer l'espace. Le regard est naturellement guidé vers le haut, pour donner une impression de hauteur sous plafond."

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agrandir Les rangements réinventent le coin nuit parental

13 - Les rangements réinventent le coin nuit parental - La chambre principale n'était pas dépourvue de dressing, mais celui-ci mangeait une bonne partie du volume disponible. Installé sur le mur parallèle au lit, il semblait daté et alourdissait l'ambiance du coin nuit. Deux rangements furent modelés de part et d'autre du couchage pour offrir le stockage nécessaire sans empiéter sur la circulation. Des chutes du plan de travail de la cuisine ont ensuite été récupérées afin de créer des chevets boisés. Ou comment recycler les matériaux de rénovation avec ingéniosité.
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Bertrand Fompeyrine

agrandir Enveloppée de pastel, la chambre de bébé se fait  douce

14 - Enveloppée de pastel, la chambre de bébé se fait douce - La partie dédiée au bambin a simplement été rafraîchie au cours du chantier. Pour des questions de budget - et en considérant que la chambre restait en bon état -, seuls la peinture et le sol furent changés. D'autant que le coin nuit des petits est un espace qui doit rester suffisamment neutre pour répondre à leur évolution. Une teinte bleu pastel enveloppe simplement le berceau dans une bulle de douceur.
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